Daft Punk – Random Access Memories – 2013

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Que l’on soit clair. La French Touch, symboliquement rapinée lorsque Nicolas Winding Refn décida d’invoquer Kavinsky et ses horreurs kitsch pour Drive (2011), est désormais décédée. Nightcall (2010) est à l’électro ce que « Ca Plane Pour Moi » fut au punk : le testament d’un genre, une sorte d’holocauste du bon goût, les derniers grognements abjects d’un vieillard dont tout le monde se fout. Enfin, devrait se foutre. Car le pire dans cette histoire, c’est l’engouement qu’a suscité ce sombre engin, revival du plus miséreux des années 80. Voilà que le terrorisme musical à base de sons synthétiques labellisés Jean-Michel Jarredes mauvais jours a refait surface, confirmant cette obsession que peut avoir la France pour l’absolue ringardise. Tout juste réchappés d’un ignoble revival disco à la fin des années 00, voilà que ses survivants doivent supporter sur leur dos fêlé une nouvelle charge d’abominable nostalgie eighties. Différente certes, d’aucuns iront même jusqu’à qualifier la bête de mélancolique. Quelle horreur. Que l’on n’évoque pas une fallacieuse modernité passéiste car ici, il est seulement question de cafardeuse maladie. D’ailleurs, d’infirmité, voire d’infection il est recommandé de parler lorsqu’il s’agit d’évoquer les travaux électroniques d’une majeure partie de la scène française, celle-ci imitant, comme toujours, les basculements de la girouette du hype. Et Daft Punk y est pour quelque chose. Sa moitié, Guy-Manuel de Homem-Christo a produit Nightcall. Honte à lui d’avoir engendré les prémices de la fin.

Pour autant, il s’agit ici de juger Daft Punk, pas les pérégrinations extra-scolaires malheureuses de ses membres. Pour la bande originale de Tron : Legacy, le duo manifestait déjà une attirance pour les sonorités des années 80, accompagnée d’un certain ramolissement dans la composition. A la rigueur. Après tout, il s’agissait là d’un remake d’un film culte des années 80. Les augures sont mauvais, mais qu’importe. Daft Punk devrait rester une machine à rythmes, une machine à danser. Que nenni.

Si Nightcall est le coup de poignard dans le dos de la French Touch, Random Access Memories piétine son cadavre perforé avec une horrible suffisance. Son propre cadavre. Aucunement rancunier, plutôt même heureux de sa propre extermination, le duo produit ici quelques unes des plus détestables odes au nul. Commençons par la pire de toutes : « Giorgio by Moroder ». Exposant un maculé spoken-word d’un type dont tout le monde se battait l’oeil il y a encore quelques mois (à raison, inutile de le préciser), il y a dans ces neufs minutes tout ce qui était le plus lamentable dans l’italo disco : des longueurs, une répétition interminable d’un thème pas séduisant pour un sou, une manière de parler plus vieille que sexuelle à la manière d’un Fabio (« After Dark », les mélomanes taquins jetteront une oreille). Dans le genre ennui profond, « Within » et « The Game Of Love » se placent d’elles-mêmes sur le haut du pavé, malgré la présence gâchée de Gonzales sur la première sus-nommée. Daft Punkfait du vieux avec du vieux. On se croirait sur une croisière Âge Tendre et Têtes de Bois. Piégé sur l’eau, à devoir admirer le ringard en action. Enfin plutôt en apathie.

La léthargie provoquée par le trajet se voit tout de même bousculée par quelques moments d’excitation funk, au groove facile mais efficace. Remercions pour cela Nile Rodgers de Chic, ce dernier insufflant à travers sa guitare, et c’est un comble pour ce vieux briscard, une fraîcheur moderne aux mélodies. Notons notamment « Get Lucky », « Lose Yourself To Dance » et « Give Life Back To Music », sympathiques et entraînantes.

De l’écoute générale, il ne reste pratiquement rien a posteriori. Un retour aux albums de Tangerine Dream, de Todd Rundgrenest conseillé pour tous ceux qui verraient dans ce Random Access Memories une sorte de révolution culturelle. Cet album n’est pas plus révolutionnaire qu’Hitler était un bon gars. Le point Godwin finalement atteint, il est temps de clôturer cette chronique par ces mots : Daft Punk n’est plus, le voilà qui laisse place à Daft Popisant. Une dénomination aussi arriérée que les sus-nommés.

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